Sommets du G-8 et du G-20
Du 25 au 27 juin 2010, le Canada accueillera les sommets du G‑8 et du G‑20 à Huntsville, en Ontario. L’année 2010 est cruciale pour ces rencontres au sommet.
Le Canada a accueilli les rencontres annuelles du G‑8, quelque peu informelles bien qu’institutionnalisées, à quatre reprises seulement au cours des trente dernières années. Vers la fin des années 1970, ces rencontres entre chefs d'État étaient l’occasion pour les dirigeants de la planète de réfléchir de façon plus informelle, plus personnelle, aux dossiers chauds qui les touchaient tous. D’abord, il y a eu le G‑6, jusqu’à ce que le Canada rejoigne le groupe, qui devint alors le G‑7 puis, avec l’adhésion de la Russie, on pouvait désormais parler du G‑8. Étant donné l’importance accrue du monde en développement, notamment les nations à forte croissance économique et en voie d’industrialisation rapide, l’ajout de douze autres nations a donné naissance au G‑20.
En juin 2010, le Canada accueillera les deux sommets, soit le G‑8 et le G‑20. L’année 2010 est cruciale pour ces rencontres au sommet. Dans la foulée des négociations ratées de Copenhague, il est devenu absolument essentiel de progresser dans le dossier de la crise climatique. Alors que les événements climatiques se multiplient à l’échelle internationale, des populations et des nations en subissent déjà les impacts puisque la perte de leurs récoltes n’a fait qu’exacerber la crise alimentaire. Au sommet de Gleneagles 2005, en Écosse, les nations membres du G‑8 s’étaient engagées à réduire la pauvreté en Afrique subsaharienne. Ces engagements avaient pour date butoir l’année 2010. La crise financière, qui a frappé de plein fouet les pays les plus pauvres de la planète, à démontré à quel point il était urgent de réglementer les marchés. Les mesures prises jusqu’à maintenant sont loin d’être suffisantes. Les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), qui viennent à échéance en 2015, sont encore loin d’être atteints. Les phénomènes météorologiques extrêmes, de plus en plus fréquents, menacent le peu de progrès réalisé en matière de développement. La pauvreté, le climat et la sécurité alimentaire sont des dossiers interreliés, et aucun n’a reçu jusqu’à ce jour l’attention ou les ressources adéquates. La santé maternelle et infantile, le principal dossier du pays hôte, est l’un des OMD et, comme pour les autres objectifs, le dossier stagne par manque de ressources.
De nombreux commentateurs ont remis en question la valeur de ces sommets, qui retiennent beaucoup l’attention du public et doivent se justifier par des résultats qui permettent à la communauté internationale de progresser. Les nations qui prennent part à ces sommets doivent concentrer leurs efforts sur l’atteinte de résultats acceptables pour la communauté internationale et éviter d’imposer leur vision étroite. Les inquiétudes en matière de sécurité ont repoussé les sommets en des lieux de plus en plus reculés et de moins en moins accessibles. En effet, en 1981 le premier ministre canadien Pierre-Elliott Trudeau accueillait les dirigeants mondiaux à Montréal, en 1988 le premier ministre Brian Mulroney accueillait ces sommets à Toronto, puis en 1995, le premier ministre Jean Chrétien a tenu ces rencontres à Halifax. Mais en 2002, le G‑8 s'est déplacé à Kananaskis Country, en Alberta, et cette fois le premier ministre Stephen Harper a choisi Huntsville, en Ontario, une région presque aussi éloignée et inaccessible que la précédente. À la lumière des coûts faramineux liés à la sécurité, il est tout à fait normal que les citoyennes et les citoyens veuillent des résultats tangibles.
C’est dans ce climat de scepticisme que le Canada accueillera les sommets du G‑8 et du G‑20 cette année. L’esprit de clocher qui anime le gouvernement Harper à l’égard des questions au programme a déjà causé de nombreux remous diplomatiques. Pour la première fois depuis la fin des années 1980, et contrairement à la tradition, il n’y aura pas de réunion des ministres de l’Environnement du G‑8 avant l’ouverture du Sommet. Le gouvernement Harper a inscrit le climat au programme, mais uniquement pour faire bonne figure devant les autres dirigeants du G‑8, qui ont beaucoup insisté sur ce point. Tragiquement, puisqu’il est question de développer un consensus international sur la question climatique, le Canada a décrété que les changements climatiques seraient entièrement exclus du programme du G‑20. Les nations membres du G‑20 ont commencé à questionner le fait que la nation hôte puisse contrôler ainsi le programme du sommet au point de porter préjudice aux intérêts de la planète.
Pendant ce temps, l’approche canadienne à la George W. Bush en matière de santé de la reproduction, un élément essentiel de la santé maternelle et infantile, a créé des divisions malsaines parmi les alliés. La secrétaire d’État des États‑Unis Hillary Clinton a rappelé, comme l’avait déjà fait le Royaume‑Uni, que le programme de mesures visant à améliorer la santé maternelle devait aussi comprendre l’accès à toute la gamme de mesures de contraception et de planification familiale, y compris l’accès à des avortements sécuritaires et légaux. Tout porte à croire que le gouvernement canadien ait choisi ce dossier pour réaliser des gains politiques au pays en offrant une image plus « douce » du premier ministre et ainsi tenter de réduire le fossé entre les genres auprès de l’électorat.
Les rencontres internationales de cette importance ne peuvent être conçues pour servir le programme politique national à courte vue du gouvernement hôte. Le Canada joue dans la cour des grands de ce monde et, par conséquent, il est tenu de rendre des comptes à la communauté internationale. De nombreux dossiers requièrent une attention urgente, et aucun chef d’État n’a le loisir de venir au Canada simplement pour regarder les gens manger de la viande de phoque. Ce n’est pas le moment de séduire un auditoire local. Le moment est venu pour toute la communauté internationale d’agir de manière responsable et de se concentrer sur les questions importantes qui sont au programme de toutes les nations. Si le Canada refuse d’assumer cette responsabilité et choisit d’écarter les discussions sur le climat et de manipuler les OMD urgents pour mieux servir sa campagne de relations publiques à la maison, nous avons bien peur que le sommet de Huntsville soit le dernier des sommets du G‑8, et ce, au moment où le monde entier a un besoin urgent de renforcer ses liens et d’accroître la coopération dans les dossiers les plus pressants.
Communiqués du Parti vert du Canada
Sommets du G-8 et du G-20 : l’irresponsabilité fiscale du gouvernement Harper
Le climat n’est pas qu’une simple distraction
L’avortement, un élément important de l’initiative sur la santé maternell
Rassemblement et marche à l’occasion du G-8 et du G-20 (Les peuples d’abord!)
Quand : Samedi 26 juin 2010, de 13 h à 15 h
Où : Queen's Park, Toronto
http://www.canadianlabour.ca/news-room/events/g8-g20-public-rally-and-march
Dans l’actualité :
« Harper pressured to put climate change on G8, G20 agenda »
Par Mike De Souza, Canwest News Service – 13 juin 2010
« Oily activists demand clean energy »
Par Tom Godfrey, Toronto Sun – 17 juin 2010