Canada : en quête de justice

OTTAWA – La décision de la Cour suprême dans l’affaire Omar Khadr constitue un triomphe qui permet tous les espoirs. En effet, alors que les gouvernements consécutifs des dernières années ont eu beaucoup de mal à réprimer leur profonde répugnance pour la démocratie, la Cour suprême vient de rendre une décision dans l’affaire Omar Khadr en phase avec les valeurs canadiennes traditionnelles.

La Cour suprême a jugé que l’article 7 de la Charte canadienne des droits et libertés avait effectivement été violé dans le cas d’Omar Khadr, et que la conduite de fonctionnaires canadiens avait porté atteinte aux droits, à la liberté et à la sécurité d'Omar Khadr. Le jugement stipule notamment que l’interrogatoire avait été mené « de manière incompatible avec les principes de justice fondamentale en sachant que M. Khadr était un mineur. »

« Le Canada affiche un mépris de plus en plus éloquent pour le droit international et les droits de la personne; on note par ailleurs l’émergence d’une nouvelle école de pensée au sein du gouvernement canadien – coupable jusqu’à preuve du contraire », a dénoncé la chef du Parti vert Elizabeth May. « Le message envoyé au premier ministre Harper par la Cour suprême du Canada est très clair : donnez à Omar Khadr l’occasion de prouver son innocence. Ce triomphe en est un pour toutes les Canadiennes et tous les Canadiens. Nous verrons si M. Harper saura se montrer à la hauteur. » Mme May a rappelé les recommandations formulées par l’Association du Barreau canadien (ABC) en 2007, qui appelaient tous les Canadiens à défendre la justice et les droits de la personne.

Omar Khadr, un Canadien et ancien enfant-soldat soupçonné d’avoir tué un soldat américain dans une fusillade en Afghanistan alors qu’il n’avait que quinze ans, est emprisonné à Guantanamo depuis 2002. Il subira son procès cette année devant un tribunal militaire spécial.

Un blogue a par ailleurs dénoncé l’attitude de nos politiciens, qui s’apparenterait à une « complicité corrompue ». Tel que rapporté par le Globe and Mail le 11 août 2007, des avocats américains présents au congrès de l’ABC ont fait valoir qu’il était « inadmissible que le Canada demeure silencieux pendant qu’un de ses citoyens, soupçonné d’avoir commis un crime alors qu’il n’était encore qu’un enfant, est constamment soumis à de mauvais traitements. » Le président de l’ABC Parker McCarthy avait notamment qualifié les traitements infligés à Khadr de « parodie de justice ».

« Il ne reste plus qu’à espérer et à prier pour que le Canada demande le rapatriement immédiat d’Omar Khadr et lui donne l’occasion d’être réhabilité après tous les traitements inhumains qu’il a subis », a fait valoir Joe Foster, porte-parole des verts en matière de droits de la personne. « L’heure est à la justice, et non à la vengeance. » Selon certaines informations, les mauvais traitements subis par Omar Khadr auraient altéré son état de santé mentale et physique et pourraient le rendre aveugle. Lorsqu’on le questionne sur l’injustice de son emprisonnement, Khadr répond franchement, « le Canada s’en fout complètement. »

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